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Louis-Eugène Dupont est né à Troinex le 22 août 1839. Ingénieur diplômé de l’Ecole polytechnique de Zurich, il participe dans les années 1860 à la construction du tramway de Genève. Député au Grand Conseil genevois en 1866, il part ensuite en Russie construire des lignes de tram, à Riga puis à Saint-Pétersbourg où il s’installe en 1873.

En 1875, M. Dupont est nommé Consul général de Suisse à Saint-Pétersbourg. Il prend sa retraite le 18 mars 1900 et retourne à Genève.

A l’occasion de son départ de Russie, les colons suisses de Saint-Pétersbourg lui offrent un magnifique et énorme album photographique, présenté comme un joyau dans un boîtier de palissandre à vitre biseautée; le coffret, gainé de soie moirée écrue, mesure 50 centimètres sur 41, pour 15 centimètres de hauteur…

L’album est relié en plein cuir grainé havane, enrichi en bordure d’une lingotière en argent. Sur le plat, sous l’écusson suisse émaillé, figure la dédicace au consul (A Monsieur Eugène Dupont, consul général de la Colonie Suisse St Petersbourg), ses initiales et les dates de son service (1875-1900), en lettres d’argent ajourées. Les tranches sont également argentées.

Photo Le Garde-Temps (cliquez sur les photos pour agrandir)

Sur la première page enluminée, l’aquarelliste a reproduit en minuscules carolines parfaites le texte du discours lu à l’occasion de la fête du 18 mars 1900:

Monsieur et cher compatriote,

Les soussignés, membres de la colonie de St. Pétersbourg, se font un agréable devoir de vous offrir dans ce jour où vous achevez vos vingt-cinq ans d’activité comme Consul général de la Confédération Suisse en Russie, un témoignage solennel de leur reconnaissance. Ils vous prient d’agréer cette adresse, où ils ont cherché à retracer en termes émus ce qu’ils éprouvent à la pensée des longs et signalés services que vous avez rendus aux Suisses fixés ou de passage en Russie et particulièrement dans notre ville.

Ces quelques paroles vous donneront, nous l’espérons, l’assurance de la sincérité de notre respect et de notre gratitude, mais elles ne sauraient redire tout ce que vous avez fait pour les mériter.

Pendant ce quart de siècle vous avez mis au service de vos compatriotes, avec un dévouement qui ne s’est jamais lassé ni ralenti, toutes les éminentes qualités dont vous êtes doué, et surtout votre admirable entente des affaires, votre dextérité à résoudre et à trancher les questions difficiles et à les placer sur un terrain pratique. Vous avez mis à la disposition des nombreuses personnes qui ont eu recours à vous une facilité de travail que ceux qui vous connaissent un peu intimement ont admirée sans réserve et qui ne le cède qu’à l’ardeur patriotique dont vous êtes animé et dont tous nous avons ressenti les effets bienfaisants. Vous ne vous êtes jamais laissé rebuter par les obstacles, et si le mauvais vouloir ou l’impéritie ou la maladresse ont cherché à vous entraver ils n’ont été en définitive qu’un aiguillon nouveau qui vous a excité dans la voie du bien.

Votre bon cœur et votre charité ne se sont démentis en aucune circonstance et les malheureux qui, en si grand nombre sont venus vous solliciter n’ont jamais été envoyés à vide. La société de bienfaisance que vous avez dirigée avec éclat pendant de longues années a subi votre féconde impulsion, et même avant d’avoir recueilli un héritage inespéré, elle se trouvait en pleine prospérité ayant plus que doublé son capital, et mis à la disposition des dames et des vieillards suisses, un Home dû à votre initiative et aux sommes considérables que vous lui avez consacrées.

Une seule chose jette un voile de tristesse sur ce beau jour, c’est la pensée que nous allons vous perdre; c’est que cet homme de bien, cet administrateur incomparable, ce protecteur avisé et actif, ce cœur chaud et aimant va nous être enlevé! Vous allez chercher au pays un repos légitimement acquis; puisse le Seigneur vous donner d’en jouir longtemps et heureusement avec les chers vôtres!

Puisse-t-Il aussi vous ramener quelquefois au milieu de nous! C’est la prière que nous lui adressons aujourd’hui; c’est l’espérance qu’Il l’exaucera qui nous soutient et nous console dans cette pénible conjoncture, et qui nous donne la force de célébrer, avec une joie pleine et entière, la belle fête de ce jour.

Photo Le Garde-Temps

L’artiste a enrichi la page de vignettes aquarellées d’une grande finesse: de part et d’autre de l’emblème national flanqué de deux solides lansquenets, il a représenté le consulat et la Maison Suisse (sans doute le Home dont il est question dans le discours).

Photo Le Garde-Temps

Photo Le Garde-Temps

Photo Le Garde-Temps

Les colons suisses ont ensuite apposé leurs signatures sur deux pages; la première est décorée des écussons cantonaux, la seconde présente une vue miniature de Saint-Pétersbourg qui est un véritable petit tableau.

Photo Le Garde-Temps

Photo Le Garde-Temps

Photo Le Garde-Temps

Viennent enfin les pages de l’album proprement dit : des portraits des colons suisses, tirés par les meilleurs photographes de St-Pétersbourg.

Photo Le Garde-Temps

Un beau militaire

Une belle expatriée

Le conducteur du tramway de St Pétersbourg

Moïse Vautier en costume de fruitier d’Appenzell

Parmi les photos volantes serrées dans l’album figure notamment ce superbe portrait de son collègue au Grand Conseil genevois Moïse Vautier (1831-1899). Personnage haut en couleurs, lutteur, président de société de tir et grand distributeur de baffes (on appelait à l’époque le palais électoral – l’Uni II actuelle – la « boîte à gifles »…), Moïse Vautier pose ici en costume de Fruitier d’Appenzell, du nom de la société qu’il fonda en 1855.

Louis-Eugène Dupont décide de devenir Consul général ad aeternam d’un pays immatériel le 12 décembre 1901.

Il ne nous laisse pas qu’un album; il nous laisse un livre d’histoire.

Les funérailles de Louis-Eugène Dupont à Collonge

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